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SILENCE

                           

 

Cette élection présidentielle nous a valu un tel déluge de mots, une telle marée de phrases enchevêtrées, échouées sur les plages de nos cerveaux, que le chroniqueur pris d’un irrésistible besoin de silence, a failli rendre copie blanche. Encore eut-il fallu envoyer quelques mots d’explication au rédacteur en chef. Paradoxe absolu : nous en sommes réduits à devoir parler du silence et à ajouter des mots aux mots ! Ces ritournelles sur la démocratie déniée, bafouée par les adversaires mais restaurée désormais par le génie du ou de la candidat(e) au suffrage ; ces éloges de ce « grand pays qui est le nôtre » quand on veut toucher la fibre patriotique mais que l’on traite de « ce pays » lorsque l’on dénonce son inertie ; ces raccourcis ravageurs qui clouent au pilori de la formule assassine toute velléité d’appel à un renouveau ; ces trémolos sur le soin que l’on mettra à s’occuper du pauvre et de l’oublié ; tout cela aurait dû, aussitôt, échouer dans notre « corbeille » pour ne plus jamais quitter le tréfonds des illusions fanées. Mais pourquoi donc continuons-nous malgré toutes nos déconvenues, à nous laisser emporter par cette diarrhée verbale ? Pourquoi restonsnous à l’affût de la parole qui fera tout basculer et qui entrera dans l’histoire ? Pourquoi irons-nous de notre commentaire comme si les tous les autres ne suffisaient pas ? Peut-être parce que l’homme pressent que sa parole n’est pas une simple sélection de signes conventionnels destinés à communiquer, mais que parler l’engage. Et c’est pourquoi le silence est nécessaire pour que la parole puisse peser son poids de vérité. Il y a deux silences : celui de la fin de la phrase et celui du commencement. A l’image du récit biblique où la Parole créatrice n’intervient qu’au second verset, l’orchestre ne débute la symphonie qu’après le court instant où le chef suspend sa baguette avant de déclencher le mouvement. Le commencement de toute germination éclot du silence de la terre. Il y a, aussi, le silence final, celui qui laisse parler le geste, le regard, l’étreinte, la présence éprouvée.« Il est préférable de rester silencieux et d’être, que de parler et de n’être pas » disait déjà St Ignace d’Antioche. Le silence, grande cause nationale!

                                         

 

                                                                       

JEAN CASANAVE