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Notre exode

                             

 

Avec le carême reviennent les lectures de l’exode : Israël quitte l’Egypte et erre dans le désert pendant quarante ans, soit le temps d’une génération entière. Là, dans le désert, le peuple reçoit la Loi. Il reçoit la manne qui le fait vivre, et le bâton de Moïse fait couler de l’eau. Mais ces quarante ans sont remplis d’épreuves, dont la moindre n’est pas le sentiment d’exil. Souvent Israël regrette le temps d’avant, le temps de l’Egypte, où tous étaient nés et qui était, au vrai, leur patrie, car de la Terre promise, ils n’avaient guère idée.

En quoi cela peut-il nous toucher, nous chrétiens de France qui, pour la plupart d’entre nous, n’avons jamais quitté notre patrie ?

D’abord, il y a les exilés, les vrais, que l’actualité nous montre chaque jour et qui peut-être sont chez nous, dans notre paroisse, dans notre rue.

Ensuite, pour nous-mêmes, il est un exode intérieur. Car nous sommes tous, d’une certaine façon, comme Israël au désert. Exode d’un monde d’avant que nous pouvons regretter ; exode d’amours et d’amitiés que nous avons perdues, exode du veuvage où celui qui reste est comme exilé, exode d’une famille dispersée. La maison de notre enfance ? Il y a longtemps que nous n’y vivons plus. La ville de notre enfance ? Elle a tellement changé…

Nous avançons dans notre vie comme nous pouvons. Quelquefois tout droit et d’un pas assuré. Quelquefois cahin-caha et sans clairement voir le but. Notre grand voyage peut être joyeux ; il n’en est pas moins un voyage, souvent inconfortable. Quant au but, ce Royaume d’Amour qui est notre patrie promise, il semble lointain.

Le carême n’est donc pas un temps exceptionnel. Il est plutôt un rappel de ce dont est faite notre vie entière. Une longue marche vers notre Terre promise, tantôt heureuse, tout illuminée de la présence prévenante de Dieu, tantôt plus âpre et plus solitaire ; tantôt dans l’aride étendue d’un désert spirituel et affectif, tantôt au contraire l’œil ébloui par un but qui paraît se tenir juste devant nous, à notre portée.

Chrétiens, nous sommes un peuple et nous marchons ensemble. Le Seigneur nous nourrit de sa Parole, de ses sacrements, de sa grâce. Et nous savons que nous sommes à l’image du Christ lui-même, qui connut son exode durant sa vie terrestre, le Fils de l’homme qui n’avait « pas de pierre où reposer sa tête », pas de maison, guère de repos,  et qui sait donc ce que nous traversons.

Considérer notre exode, le voyage de notre vie, ce n’est pas une pensée triste : c’est une pensée de vérité, le sens de notre vie, ce beau chemin vers la Promesse.

 

Frère Yves COMBEAU, o.p .

(Le Bulletin – Le jour du Seigneur – fév – mars 2018)