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Le regard de Dominique Quinio

Le don des larmes

 

 

Depuis des heures les chaînes de télévision proposent leurs éditions spéciales, nourries de  reportages en boucle, de témoignages bouleversants et de réflexions d'experts plus ou moins  inspirés.                                                                      

Un flot continu dont une impérieuse envie de savoir et de comprendre ne parvient pas à nous  détourner. Et puis, à la fin d'un programme -était-ce sur France 2, avant le journal de 13 heures,  samedi ? -, chacun s'est tu ; la chaîne propose alors une série de photos prises dans la nuit, images  fixes (pour une fois le mouvement perpétuel s'est arêté), en silence, se succédant comme naguère les  vues d'une soirée diapos. De l'anti-télé, en somme. Fortes, terribles, sobres, ces photos nous parlent  pourtant. Sans commentaire.

 Les photographes ont saisi, durant ces longues heures d'horreur, le travail des forces de l'ordre, des techniciens de la police et des personnels de santé ; ils ont saisi, aussi, avec pudeur, la détresse des victimes, dans les lumières floues des gyrophares et des lampadaires se reflétant sur la chaussée. Un monde en jaune et blanc ; un monde en uniforme. Silhouettes enveloppées de couvertures de survie couleur or, souvent accompagnées d'un soignant vêtu de blanc ; des ambulances et des véhicules de pompiers, des brancards, des chariots. Et soudain, à même le sol, sur le pavé parisien, une de ces housses blanches dont on sait qu'elles recouvrent ceux qui n'ont pas survécu. Posée-là, pendant quelques minutes sans doute, avant d'être emmenée. Et l'on imagine, quelque part dans Paris ou ailleurs, qu'un père, une mère, des frères, des soeurs, des amis attendent dans l'angoisse, redoutant d'apprendre le pire. Tout est dit : chaque mort, même ici collective, est unique, car chaque vie est unique.

                                              

Les images peuvent aussi, sans mot dire, répondre avec puissance au langage de terreur des terroristes. Les monuments, d'un bout à l'autre de la planète, de Sydney à Berlin, colorés en bleu-blanc-rouge ; les fleurs et les bougies déposées devant les devantures des restaurantss où se sont produites les tueries ; les larmes saisies par les objectifs ; les mots écrits à la main qui expriment la fraternité et le refus de la peur. Et pendant ce temps-là, dans un autre lieu en France, un  effroyable accident provoque la mort de cheminots et de leurs familles réunis à bord d'un TGV effectuant un parcours d'essai. Discrètement, sans l'attention qu'en d'autres circonstances l'accident aurait retenue. Pour leurs proches, la douleur n'en sera pas moindre.

La France en deuil. Puisse l'émotion nous offrir le " don des larmes " dont parle le pape François, larmes purifiant notre peur, notre colère, notre désespoir...Larmes - prières.

 

                                                                                                                           La CROIX - 16 novembre 2015