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le billet de Jean Casanave

 

                                    

 

 

 Mesdames et Messieurs les députés,

156 d’entre vous ont publié une tribune réclamant sans tarder une nouvelle loi sur la fin de vie, alors que celle qui porte le nom de « Claeys-Léoneti » qui avait soigneusement évité de déverrouiller la porte de l’euthanasie, ne date que de 2016. Cette précipitation paraît plus que suspecte auprès de tous ceux qui  pensent qu’un sujet aussi complexe est à manipuler avec d’infinies précautions.

En effet, qui n’a pas, dans son entourage, assisté à une fin de vie qui semblait interminable et « inutile » ? Qui n’a pas constaté que les soins sensés apporter un confort de vie et un soulagement prolongeaient sans fin les délais ? Mais qui n’a pas aussi apprécié le professionnalisme, la délicatesse, l’humanité des équipes de soins palliatifs qui accompagnent les grands malades? Qui n’est pas admiratif des trésors d’attention et d’amour que déploient ces époux, ces épouses, ces enfants et ces proches entourant de leur affection et jusqu’au dernier souffle ceux qui les quittent ?

Malgré les sondages favorables à ce qu’on peut appeler un suicide assisté, chacun pressent bien qu’aucune loi ne nous mettra au niveau du mystère intime de la personne humaine qui se joue dans ces moments là. « Il convient de donner aux malades en fin de vie la libre disposition de leur corps et, c’est essentiel, de leur destin » précise le texte qui  demande un « droit au choix ». Parler de droit n’est-ce pas imposer un devoir? Qui peut s’arroger le droit d’imposer à un autre le devoir de supprimer une vie? Je repense à cet homme, jeune, regrettant, devant l’agonie de son père, que « l’on ne puisse pas en finir » et  à qui je suis permis de dire : « Tu te vois lui faire la piqûre ? » --« Pas moi, mais les médecins ! »  N’y a-t-il pas un certain manque de dignité à décharger sur les autres, à plus forte raison sur les soignants, la tâche de l’exécution de l’injection finale ?

Après avoir décidé de cesser des traitements inefficaces et préparé les siens à son départ, un de mes amis a eu le temps de leur dire avant d’entrer dans une sédation profonde: « Maintenant je suis comblé, je suis heureux !» Ces quelques mots ont illuminé cette fin de vie qui aurait pu être abrégée bien avant.

Mesdames et Messieurs les députés, les lois n’empêcheront et n’expliqueront jamais cette larme qui a  coulé sur la joue de la centenaire au moment de s’en aller, il y a quelques jours. Et rappelez-vous qu’à l’origine, la vie nous a été donnée et qu’à la fin, elle pourra encore être offerte. 

Jean CASANAVE