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L'affaire Vincent Lambert

Docteur Jean François Loriferne, médecin réanimateur

 

Médecin réanimateur, chrétien pratiquant et engagé, ayant exercé pendant vingt - cinq ans la lourde responsabilité de la coordination d’une équipe qui, tous les jours, réfléchissait au sens profond « de la vie » pour les patients en défaillance viscérale dont elle avait la charge, je suis très ému et attristé par la position de certains de nos évêques prise dans le cadre du traitement de Monsieur Vincent Lambert.

Comment dans un premier temps, ne pas accepter de faire confiance aux médecins chargés des soins, comme le signifiait le 12 juin dernier Mgr Pierre d’Ornellas, chargé des questions bioéthiques pour les évêques de France ?

Notre métier est extrêmement dur mais nous le faisons avec beaucoup de dignité, de recul et de discernement dans le cadre d’une loi (loi Léonetti) parfaitement adaptée à notre exercice et qui a été saluée par l’ensemble des professionnels concernés comme étant ajustée.

C’est cette équipe qui avec empathie et écoute, soigne, vit jours et nuit au rythme des angoisses et des peines des familles. Elle sait écouter et discerner ce qui va dans le sens du « bien pour le patient », qui demeure sa seule mission. Quelle affront de voir ses décisions ‘dans ce cas particulier, plus que pluri-professionnelles) mises en doute et traînées devant

 la justice », puis de se voir au banc des accusés avec des pressions multiples inacceptables. N’oublions pas le docteur Eric Kariger, qui lui aussi a vécu cette infamie au point d’en démissionner …

Comment en tant que chrétien se prévaloir du « Tu ne tueras point » (Mt 5) quand il s’agit au contraire de reconnaître ses propres limités du corps et surtout la dignité de laisser-faire ce qui est irréparable. « Laisse les morts ensevelir leurs morts et toi, va annoncer le royaume de Dieu » (Lc 9 et Mt 8). L’acharnement thérapeutique est non seulement indigne mais contraire à l’éthique médicale et spirituelle. Il n’a aucun sens au jour d’aujourd’hui où les techniques peuvent se substituer à toute réflexion en profondeur sur le « projet de vie » des patients soignés.

Par ailleurs le sens du mariage chrétien ne laisse-t-il pas toute sa ^place au conjoint : « Tu quitteras ton père et ta mère et désormais vous ne ferez plus qu’un » (Mt 19) ?

Enfin et c’est ce qui me fait le plus de mal, comment ignorer que ces prises de position (tenues souvent par des communautés intégristes) vont encore accélérer la pression des tenants de l’euthanasie, faisant valoir que cette loi est trop fragile en forçant la main des équipes médicales dans des orientations contraires à leurs serments.

Comment expliquer à nos jeunes qui désertent nos églises, que cette Eglise est en phase et à l’écoute de notre monde sur des sujets de société aussi importants que la bioéthique …

J’ai mal à mon Eglise qui se vide sans que nous arrivions à prendre la mesure de cette désertion …

                                                                                                                        Journal La Croix – lundi 3 août 2015