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LA RELATION ENTRE L'ECOUTANT ET LE PATIENT

 

           

Quand, visiteur de malade, je me présente devant un malade, ou quand je croise un membre d'une équipe soignante, quelle est la nature de la relation qui s'établit? Qu'est-ce qui se transmet au cours de l'entretien, entre les deux "moi profonds" de ce couple?

 

            Comme j'appartiens à l'équipe d'aumônerie de l'hôpital, je suis perçu(e) d'abord à travers l'étiquette qui m'identifie. C'est en fonction de la première réaction de cette personne que je situe mon intervention. Ma démarche a essentiellement pour but de l'écouter, sans a priori, avec sérieux, et de répondre si je le peux à sa demande profonde, sur un plan humain d'abord, et si elle m'y engage, comme croyant(e). Peut-on dire de cet échange qu'il s'agit d'une écoute "spirituelle"?

 

            C'est à cette interrogation que les membres de l'équipe d'aumônerie, réunis au centre Vignalou autour de Catherine MAZEREAU, psychologue, ont tenté de répondre ce mardi 14 mars.

 

            D'abord, qu'entend-on par "spiritualité"? Ce terme implique-t-il une "religiosité"? La Bible n'affirme-t-elle pas que "l'Esprit a été répandu sur toute chair". La spiritualité n'est donc pas l'exclusivité des croyants. Dans le sentiment que l'autre personne est digne de respect, on entend qu'elle porte une dimension qui déborde sa réalité matérielle. Chacun aspire à un dépassement qui l'entraine plus loin, plus haut, vers une humanité plus englobante à laquelle on appartient. Ce que les psychologues nomment "la conscience", ou la "pensée symbolique", propre à l'homme.

 

            Les témoignages se succèdent :

 

 

- On a du mal à trouver les mots pour qualifier cette rencontre. Malgré la pauvreté des mots, la communication peut tout de même être intense.

 

- Comment "avoir l'oreille"? Comment reconnaitre cet Autre dans la personne visitée?

 

- On a de la pudeur pour mettre un mot sur ce qui se passe dans la relation à l'autre.

 

- Quand je souffre devant l'état de souffrance de mon compagnon malade, où est la dimension spirituelle, comment la reconnaitre? Et de citer la sublimité de cette mourante qui souffrait de la peine qu'elle provoquait autour d'elle parmi ses proches.

 

- Ce dont on souffre à un moment particulier, ce dont on a réellement besoin, on le cache parfois aux siens par pudeur, même à ses proches. D'où l'importance à certains moments particuliers,  d'être là pour l'écouter. Au niveau des soins palliatifs, confronté à la mort, il se passe quelque chose. On a peur, on ne sait pas mettre des mots. Comment remettre de l'humain au cœur de la relation?

 

- Il arrive que notre passage provoque des ricanements. Tant pis, le plus important, c'est que notre passage questionne, même si l'on n'a pas parlé de Dieu.

 

- Quand j'arrive devant un numéro de chambre,  Dieu, pour moi, est déjà là, avant moi, auprès d'une personne. Après, quelque chose passe, mais ça ne m'appartient pas.

 

- J'avais visité plusieurs fois un patient, très fatigué. Je n'avais jamais parlé de Dieu avec lui. Et puis, un jour, il me dit : "Merci de vous arrêter près de moi. Maintenant, faites une prière pour moi".

 

-  La qualité d'une rencontre est indépendante de sa durée. Un instant d'émotion intense peut marquer une vie. Le résultat de la rencontre ne m'appartient pas. Mais à l'inverse, il m'est arrivé de suivre un patient pendant plusieurs années. J'ai assisté à sa fin et participé à ses obsèques.

 

Ecouter, ce peut être permettre à l'autre d'exister.
C'est aussi se sentir impliqué:

 

 

 

- Avant de croire en Dieu, croire en l'Homme. Le psaume le dit :  "Qu'est-ce que l'homme, pour que tu penses à lui?"

 

- Je visite une personne qui se trouve très seule. Je suis la seule personne avec laquelle elle peut parler. Le personnel est trop bousculé. J'essaie d'être là, simplement de l'écouter. J'y passe un peu de temps. C'est trois fois rien. Elle me remercie. Pour moi, c'est de la prière. J'ai de la compassion pour elle. Même si je ne venais que pour elle, je viendrais.

 

            Donc, le spirituel, ce n'est pas là-haut, c'est partir du niveau humain. Grandir en humanité, c'est entrer davantage dans la spiritualité. Le christianisme propose une réponse à ce besoin de dépassement : il y a en nous, plus profond que nous, quelque chose, ou plutôt quelqu'un, qui nous personnalise. Par chance, nous avons un Dieu qui s'est enraciné dans l'humanité. Le mystère de l'Incarnation est le signe et la garantie de la dignité de la personne. Tous, nous avons besoin pour exister, pour nous mettre debout, d'une oreille qui sache nous percevoir en vérité quand nous essayons de nous dire nous-mêmes.

 

Robert LATAPIE