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La mort en face

Le regard de Dominique QUINIO

La chronique d’une mort annoncée, sous l’œil des médias. Un moment si intime, si privé, si lourd de sens et de douleur pour toute une famille, scruté, mois après mois, année après année, au fil des décisions et des recours judiciaires. Où – et c’est une des clés de l’ « affaire Vincent Lambert » - des personnes qui l’aiment profondément s’expriment à sa place, parce que lui, à la suite de l’accident qui a gravement endommagé son cerveau, ne peut plus le faire. Ils parlent pour lui : dans la Croix du 5 juin, une photo montre, devant une forêt de micros, son neveu, qui comme son épouse, souhaite que soient arrêtés les soins qui font durer sa vie : « il faut le laisser partir » disent-ils. En une de la même édition, ce sont des manifestants pour la vie qui clament sur leur pancarte « Je suis Vincent Lambert ». ceux-là, comme les parents de Vincent, jugent qu’il ne faut pas « faire mourir » Vincent Lambert. Nous n’étions pas tous Charlie, nous ne sommes pas tous Vincent Lambert, dans son histoire unique, personnelle et relationnelle. Mais tous, nous sommes confrontés à la mort, à la souffrance, à la dépendance.

La décision de la Cour européenne des droits de l’homme était attendue parce qu’elle donnait en arrière – plan, un éclairage sur la loi qui, en France, encadre la fin de vie. Elle a jugé vendredi que l’arrêt de soins, dans ce cas précis, ne contrevenait pas au « droit à la vie » garanti par le droit européen. Le Conseil d’Etat, il y a un an, avait tranché dans le même sens, prenant la précaution, dans ses attendus, de rappeler que les juges avaient examiné une situation particulière et invitant les équipes chargées de prendre de telles décisions à délibérer au cas par cas, en tenant compte de critères médicaux et non médicaux spécifiques.

Il ne doit donc pas en être tiré une jurisprudence, une automaticité, ni par ceux qui jugeraient que la Cour appuie ainsi la revendication d’un « droit à mourir », ni par ceux qui l’interpréteraient comme une incitation à l’euthanasie de personnes dont l’état de conscience est profondément altéré.

L’épreuve ne s’arrête pas là pour les proches de Vincent Lambert. Le temps de la justice est long et les possibilités de recours pour ses parents ne semblent pas épuisées. Ce qui est sûr, c’est que leur souffrance dépasse tous les sentiments de « victoire » ou de « défaite ». Par respect pour eux, gardons-nous d’en juger ainsi. Une telle analyse nous délivrerait, délivrerait les équipes soignantes d’avoir à examiner en conscience et dans leur complexité toutes les questions éthiques que pose la fin de vie, à regarder la mort et chaque mort en face. Longtemps après que les micros et les livres de droit auront été rangés, la famille de Vincent restera confrontée à la douleur de l’absence, alourdie de la violence des déchirures familiales.

 

                                                                                                          La Croix – 8 juin 2015