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"Amoris Laetitia" l'exhortation apostolique du Pape François sur l'amour dans la famille

 

Ni grand chambardement ni statu quo : c’est une voie médiane que le pape François a choisie dans son exhortation apostolique sur la famille. Rendu public vendredi 8 avril, ce texte de 265 pages, intitulé Amoris Laetitia (« la joie de l’amour »), est le fruit d’un cheminement de deux ans au sein de l’Eglise catholique, marqué par deux synodes, en octobre 2014 et en octobre 2015. 

                                Le souverain pontife argentin se livre à une vigoureuse défense du mariage catholique, un lien pour la vie entre un homme et une femme qu’il ne résume pas à la seule ouverture à la procréation. Une union qui s’oppose à ce qu’il appelle la « culture du provisoire », où « tout est jetable, chacun utilise et jette, paie et détruit, exploite et presse, tant que cela sert. Ensuite, adieu ! »

Le dogme étant le dogme, le pape le confirme donc. Mais sans dogmatisme. Il affiche, en effet, un pragmatisme conforme à sa volonté de s’adresser à toutes ces « périphéries » humaines que l’Eglise a trop longtemps  ignorées. Une démarche qui doit offrir «  un cadre et un climat qui nous empêchent de développer une morale bureaucratique froide en parlant des thèmes les plus délicats, et nous situe plutôt dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux ». Se posant en pape de la miséricorde, Jorge Bergoglio souligne qu’ « il s’agit d’intégrer tout le monde » dans la vie ecclésiale. Tout le monde ? les familles monoparentales ou celles qui ne sont unies que civilement ? les concubins ? Les divorcés remariés ? Les homosexuels ?

Pour tous ces exclus de l’Eglise, François propose un « traitement » au cas par cas. Les prêtres et les évêques sont invités à se pencher sur « l’innombrable diversité des situations concrètes », celles qui ont amenés des fidèles à cohabiter, à se séparer, à se remarier. Il ne s’agit pas de jeter des pierres aux personnes qui vivent des situations « irrégulières » mais d’examiner avec miséricorde les « circonstances atténuantes » qui expliquent la condition dans laquelle elles se trouvent. La principale avancée de cette réflexion sur la famille est donc la liberté donnée à chaque prêtre, en tenant compte des cultures locales, de discerner jusqu’où il peut aller pour intégrer ces exclus. Ce système à la carte peut ouvrir la voie, « dans certains cas », aux sacrements comme la communion, notamment pour les divorcés remariés. Quitte à faire naître des disparités entre les pays, voire entre les diocèses.

L’aile la plus progressiste reprochera sans doute au pape de ne pas être allé assez loi, de s’être arrêté en chemin. L’aile la plus conservatrice, avec les évêques africains et polonais, qui ont fait de la résistance pour préserver une image traditionnelle de la famille, jugera probablement sa démarche iconoclaste. François a dû  tenir compte de ses sensibilités diverses et des tensions qu’elles ont générées lors des synodes .

Les homosexuels sont ainsi les grands oubliés de cette exhortation. Le rapport d’étape, après le synode d’octobre 2014, soulignait pourtant que « les personnes homosexuelles ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne ». Une meilleure participation des femmes à la vie de l’Eglise n’est pas davantage évoquée alors que le pape observait, en juillet 2013, que « Marie est plus importante que les Apôtres, que les évêques ». Trop prudent ou trop timoré, François ? Il a au moins le mérite d’entrouvrir une porte trop longtemps fermée.

 

Le Monde (11 avril 2016)