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PASSION : Pourquoi une mort si infâme?

 

                                   

 

 

Le P. Miguel Roland-Gosselin, jésuite, aumônier d'étudiants, répond aux questions de Sophie de Villeneuve dans l'émission "Mille questions à la foi" sur Radio Notre-Dame.

 

 

 

 

Sophie de Villeneuve :  On dit que Jésus est mort sur une croix pour racheter nos péchés, comme si sa mort avait servi à apaiser le courroux de Dieu. Comment croire au scénario d'un Dieu courroucé par le péché des hommes et que sang de son fils apaise, demande un internaute… Et comment comprendre cette mort si horrible ?

M. R.-G. : C'est une grande question, que les étudiants posent très souvent. Jésus lui-même y répond dans l'évangile de Luc au chapitre 24 : "Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ?" Puis il ouvre les Ecritures et interprète pour ses disciples tout ce qui y est écrit à son sujet. Donc, "il fallait". J'ai demandé à mes étudiants de répertorier dans l'évangile de Luc tous les "il faut" que Jésus prononce.

 

Il y en a beaucoup ?

M. R.-G. : Ils en ont trouvé onze. Que faut-il pour Jésus ? Il prononce ces mots pour la première fois quand il a douze ans : "Il me faut être chez mon Père". Disant cela, il signifie que tout ce qu'il fera et dira par la suite sera en phase avec le désir de Dieu. J'habite chez Dieu, dit Jésus, je suis en Dieu et il est en moi. A Zachée il dira : "Il me faut demeurer chez toi." Au début de sa vie publique : "Il me faut annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu". C'est une urgence pour le salut du monde. Quand on lui reproche d'avoir guéri une femme : "Ne fallait-il pas libérer cette femme ?" Jésus est habité par cette nécessité intérieure, dont il donne encore une belle illustration dans la parabole du fils prodigue quand le père dit à son fils aîné : "Il fallait festoyer et se réjouir, car ton fils qui était mort est revenu à la vie."

 

Il fallait donc que le Fils de Dieu meure sur une croix ?

M. R.-G. : Il fallait faire le salut du monde. "Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup", "il fallait qu'il soit rejeté", "il faut que s'accomplisse en moi le texte des Ecritures : On l'a compté parmi les criminels". Jésus se met en route avec enthousiasme pour annoncer la bonne nouvelle : "Le royaume de Dieu est proche, convertissez-vous". Au fil des jours, il se heurte à la méchanceté humaine. Et l'on passe d'un "il faut" à un autre, plus douloureux : "il faut bien". Il faut tenir bon dans l'amour. Jésus apporte un message d'amour, une bonne nouvelle. Parce que nous sommes pécheurs, nous nous fermons à la bonne nouvelle. Jésus voit bien qu'on le rejette. De deux choses l'une : ou bien il capitule et se retire, ou bien il tient bon.

 

Il savait où il allait, et il s'est dit : "Il faut que j'y aille" ?

M. R.-G. : Il n'était pas sot, il dit d'ailleurs : "Il me faut aller à Jérusalem, c'est là que meurent les prophètes." Les mots d'amour de Dieu sont magnifiques, mais exigeants, c'est pourquoi le message de Jésus se heurte à notre incapacité à entrer dans cette beauté exigeante.

 

On comprend bien le "il faut", l'urgence du salut, mais pourquoi cette mort si horrible sur une croix ?

M. R.-G. : La mort sur la croix, c'était la mort la plus infâmante à l'époque de Jésus, là où il vivait. Et j'aimerais que nous nous demandions : Pourquoi fallait-il que nous refusions la bonté de Dieu ? C'est insensé ! C'est tout le drame du péché. Jésus dit en saint Jean : "Ils m'ont haï sans raison."

 

Donc finalement toute cette histoire ne pouvait conduire qu'au désastre ?

M. R.-G. : Non, cette histoire conduit à la vie ! Dieu vient rejoindre les hommes qu'il sait "très bons" (Genèse 1) mais blessés par le péché. S'il veut les rejoindre au fond de leurs cœurs, il sait qu'il va devoir traverser leur folie et leur péché. Il est prêt à aller jusqu'au bout, Jean dira "jusqu'à l'extrême", jusqu'où il le faudra, jusqu'où le péché des hommes l'exigera.

 

Faut-il s'indigner, comme notre internaute, de voir le Père laisser mourir son Fils ?

M. R.-G. : Ce serait un grave contresens. On parlait beaucoup autrefois de ce fameux "rachat", qui figure en effet chez saint Paul. Mais quand on rachète, quand on verse une rançon, c'est à une mauvaise personne pour libérer quelqu'un. C'est au diable qu'on verse une rançon. Dieu ne veut rien d'autre que la vie de l'homme, et Dieu est aussi malheureux et désolé de la mort de son Fils que Jésus lui-même. L'un et l'autre partagent la même désolation.

 

Nous devons être désolés, mais pas indignés ?

M. R.-G. : Nous devons être étonnés et émerveillés de cette fidélité d'amour du Père qui ne lâche rien et du Fils qui tient bon pour aimer l'homme jusque dans ses derniers retranchements et au-delà, pour traverser son péché, pour ne pas s'arrêter à sa malfaisance. Et pour que finalement le Christ puisse dire sur la croix ces mots étonnants : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font." Dieu donne la vie, jusqu'au-delà du don, jusqu'au pardon. Ses derniers mots sont notre salut.

 

Il faut s'émerveiller et non s'indigner de cette mort sur la croix ?

M. R.-G. : L'émerveillement est au matin de Pâques, quand tout s'éclaire et que l'on découvre que la mort, qui a sa racine dans le petit serpent tapi dans notre cœur, n'a pas le dernier mot. Le dernier mot est à la vie qu'il nous fait partager. "J'ai désiré d'un grand désir partager cette Pâque avec vous", dit-il avant d'être livré, j'ai désiré aller jusqu'au bout mais que ce soit une Pâque pour vous, et qu'à travers cet amour fidèle vous trouviez, vous, un chemin de vie.