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LES URGENCES PSYCHIATRIQUES

 

                                              

 

            Ce mardi 13 mars, les visiteurs et visiteuses de l'équipe d'aumônerie, dans le souci d'adapter leur approche de ces patients particuliers, ont cherché à mieux comprendre la spécificité des troubles psychiques. Ils ont demandé pour cela l'aide du docteur Eric BERTANDEAU, médecin psychiatre au CHP de Pau, qui a bien voulu échanger avec eux. Le docteur pratique au service des urgences et à l'Unité de gestion des crises. Il assure aussi le suivi de patients. Il se félicite qu'existe à Pau un service d'urgences spécialisé, grâce auquel la prise en charge des patients en crise est plus rapide.

 

            Le docteur se présente comme un neurologue de formation, qui s'est orienté vers la psychiatrie précisément parce qu'il ressentait la nécessité, au-delà de l'approche technique des symptômes, d'entrer en communication avec les sujets souffrants : ajouter de l'humanisme à la science. L'être humain n'est pas que biologique, il a aussi un versant spirituel propre à chacun, dont la nature est revendiquée par les religions, mais qui reste bien mystérieux.

 

            Ce qui pose la question des conditions de prise en charge des patients. Le docteur insiste sur la nécessité de garder le sens de l'accueil de la personne souffrante : un patient ne se réduit pas à son trouble, il ne se définit pas par l'étiquette de son trouble : "c'est un dépressif, un alcoolique".... Responsable devant la loi, le psychiatre est confronté à la question redoutable de la privation de liberté des personnes en crise, quand elles paraissent agressives, soit envers elles-mêmes, soit envers les autres. Comment évaluer leur dangerosité? La mise en contention est une arme redoutable et ambivalente. Aujourd'hui, les schizophrènes, mieux pris en charge qu'auparavant, sont autorisés à sortir, alors qu'autrefois ils étaient mis "à l'asile" et enchainés à vie. Une personne peut être atteinte dune bouffée délirante qui ne se reproduira jamais plus,  ou au contraire celle-ci peut être vue comme un symptôme à prendre en compte… L'adaptation à la vie sociale en pavillon fermé peut poser de sérieux problèmes, tant aux malades qu'au personnel soignant.

 

            La description des maladies a évolué au cours des années depuis Freud avec les changements sociétaux qui sont intervenus entre temps. Certaines pathologies n'existent plus, ou ne se présentent plus comme elles ont été décrites auparavant. La prise en charge psychiatrique a évolué aussi, au profit des techniques de thérapie comportementale et cognitive. A l'inverse de la psychanalyse qui privilégie l'histoire du sujet, le thérapeute comportementaliste engage une démarche objective avec le client, voire normative, pour l'amener à réagir volontairement contre ses fantasmes ou ses phobies. Le cas échéant, on utilise des médicaments. La durée de la cure est variable, mais la plupart du temps nettement plus courte qu'une psychanalyse.

 

            En psychiatrie, la question du risque de récidive est omniprésente. Dans les addictions par exemple : addictions à l'alcool, pédophilie… Le thérapeute cherche à faire prendre conscience au malade d'un état qu'il cherche parfois à dénier, afin qu'il accepte des soins au long cours. On arrive ainsi à améliorer des comportements, mais la personne reste fragile, vulnérable, dépendante de conditions environnementales  ou d'événements déclencheurs.

 

            La crise qui mène aux urgences est une rupture dans la vie. Si c'est une première fois, le malade est conduit au service d'accueil où il peut rester quelques jours. De retour chez lui, il est suivi en consultation pendant quelques semaines, soit au CHP, soit dans l'un des CMP ( Centre médico-psychologique ) existants dans le secteur. Si une nouvelle crise survient, il peut être orienté vers un pavillon adapté, voire sur un secteur fermé.

 

            Les restructurations en cours, destinées à diminuer les frais, ont pour résultat de diminuer le nombre de lits et de personnel. De plus en plus de patients sont pris en charge en ambulatoire, d'où une certaine tension. Par manque de places, on se résigne à laisser sortir des patients à risques. La question du recrutement en psychiatrie se pose aussi.

 

            L'échange est donc l'outil  principal du psychiatre thérapeute, sachant que la communication non verbale joue pour l'essentiel dans la relation interpersonnelle. Le vécu psychologique à la première personne n'est pas transmissible, un tiers n'y entre pas. On ne peut pas se mettre à la place de l'autre. D'où la nécessité d'un accueil empathique, conscient de la complexité de la personne humaine.

 

            Et l'abbé Hiquet d'ajouter pour conclure, en remerciement envers le docteur, une parole de Jésus dans l'Evangile " ne jugez pas et vous ne serez pas jugé ".

 

                        

 

Robert LATAPIE