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L’ENTREE EN MAISON DE RETRAITE, ETAPE CLE DE LA VIE SPIRITUELLE

 

                    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ici en maison de retraite, on se prépare pour partir ». La formule de Marcelle, 95 ans, pensionnaire de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, à Paris, résume bien les choses.

Résider en maison de retraite, c’est vivre l’ultime étape de l’existence, au cours de laquelle les réflexions sur la mort et l’au-delà s’imposent à beaucoup. En parler n’est pas simple pour autant : quelques-uns éludent le sujet tandis que d’autre le tournent en boutade. « On est ici jusqu’au bout. C’est l’ascenseur pour le ciel », sourit Michel, ancien graphiste installé chez les Petites Sœurs des Pauvres depuis 2002. Nombreux, cependant, apaisés sur la question,  se confient facilement.

Ainsi Pierre, mince nonagénaire arrivé depuis 6 mois à l’Ehpad La Source d’Auteuil  à Paris, qui reçoit dans sa chambre, décorée de meubles personnels et de photos de sa nombreuse famille. « J’avais pensé à la mort auparavant, comme tout le monde, mais arriver en maison de retraite m’y a fait songer  davantage. D’une part, parce qu’on y est confronté fréquemment, d’autre part parce qu’on est dégagé des contraintes matérielles, ce qui permet de réfléchir. »

Le père Roger, 91 ans, ancien vicaire de Malakoff, en banlieue parisienne, yeux bleus pétillants derrière ses   lunettes à grosse monture, pensionnaire depuis 2002 à la Maison Sainte Thérèse à Paris, confirme que la mort est omniprésente en maison de retraite. « On a presque un décès par semaine. Il est évident qu’on pense davantage à la question qu’ailleurs ». C’est d’autant plus vrai pour lui qui apporte la communion aux personnes en fin de vie. «Le fait de voir mourir les copains, c’est une fichue expérience ! », avoue-t-il.

La vie en maison de retraite ne se résume pas pour autant aux réflexions sur la mort. Ainsi, Anne, pimpante octogénaire entrée voici 6 mois chez les Petites Sœurs des Pauvres à Paris, après avoir vécu une grande partie de sa vie en province, a surtout pensé qu’elle pourrait se rendre utile au sein de la résidence, aider certaines personnes apporter un peu de vie. Quant à Marcelle, qui vivait seule avant son entrée en maison de retraite, elle a vu dans celle-ci la main de Dieu. « J’étais contente comme tout, en arrivant : je n’étais plus toute seule et j’avais tous les offices de la messe ! C’est sûr qu’on est au bout du rouleau, et qu’on pense de temps en temps à la mort, mais j’ai pensé que c’était une nouvelle étape dans ma vie et que j’avais encore des choses à vivre ! ».

Tous apparaissent sereins face à la perspective de la mort, considérée comme la suite logique de l’existence. Marcelle reconnait ainsi paisiblement qu’elle est en fin de vie. « Cela ne me trouble pas tellement. Pour le moment, Dieu me laisse. C’est une grâce pour mieux me préparer, par l’amour envers Dieu et mon prochain ». Ce qu’elle ne trouve pas si facile : « Ici, on partage le quotidien. Déjà qu’on n’est pas toujours aimable avec un mari, alors avec son prochain, c’est encore plus compliqué ! ».

Anne envisage aussi la mort comme faisant partie du cycle de la vie : « On nait, on vit, on construit et puis la vie s’arrête. Je ne suis pas si inquiète. Cela dit, peut-être que dans les derniers moments je serai très révoltée. » Pour elle, plusieurs fois mère et grand-mère, cette sérénité est due aux circonstances. « S’il y avait eu mon mari, j’aurais été peut-être plus inquiète de le laisser. Mais aujourd’hui, j’espère le rejoindre. Mes enfants sont adultes. Je suis prête pour la grande rencontre. ». Elle considère que cette que cet apaisement est une grâce. « Je suis très aidée par ma foi.

C’est sans doute aussi une question de caractère. Je connais des gens très religieux très tourmentés par la mort. » Pierre, quant à lui, s’interroge sur la mort, dernière étape de la vie. Il aimerait que celle-ci soit digne et « pas catastrophique ».

Car ce qui fait peur à tous, c’est la souffrance. Au point que certains évoquent même l’euthanasie pour l’éviter, ainsi que la dégradation physique. Marcelle, elle, ne sait pas comment elle réagira, mais elle demande à Dieu de lui donner la force « d’accepter  jusqu’au bout » ce qu’Il lui enverra. Roger demande aussi de la force à Dieu : « La mort fait partie des règles du jeu. Je n’ai pas peur. Mais j’essaye de ne pas trop penser à la souffrance. Quand on est dans l’épreuve, on a des moments de révolte. Si cela m’arrive, il faudra aussi que je sois prêt. »

Quant à l’au-delà, ils y réfléchissent, sans accorder trop d’importance à la question au quotidien. « Je pense davantage à mon ménage, des sujets d’actualité », sourit Marcelle, qui a suivi avec attention la vie politique tout au long de l’année écoulée. Tous croient au paradis, mais ils en ont des conceptions différentes. Question d’éducation et de génération.

Marcelle a une vision traditionnelle des choses, imaginant le paradis comme un lieu de grâce ou l’on voit Dieu, et appréhendant le purgatoire et l’enfer. « Je n’ai pas toujours été parfaitement sage dans ma vie, j’aurais peut-être à me réchauffer un peu dans un lieu de pénitence pour me purifier !»

Pour Anne en revanche, ces termes ne doivent  pas être appliqués à la lettre. « Je m’imagine le paradis comme un lieu où on s’aimera toujours. Je suis sûre que je retrouverai les personnes aimées que j’ai perdues. Les jeunes de Fatima ont eu des visions d’enfer. C’est peut-être vrai mais personne n’est revenu pour le dire ! ». A la mort de son mari, elle a vu la paix sur son visage : « Il irradiait. Je pense qu’il est dans la vie éternelle. Cela me donne confiance. » Pierre, ancien ingénieur, est plus cartésien : «Dans l’au-delà, est-ce-que je retrouverai ma femme, mes parents ? C’est une grande question. Si on pouvait me faire la démonstration de la vie éternelle, je serais ravi. »

Roger, lui, estime que plus il vieilli, moins il a de réponse. Jeune, se souvient-il, il imaginait à quoi ressemblait le paradis, ou l’enfer. « Jésus dit simplement : « Là où je suis, vous serez aussi. »Mais comment ? Pourquoi ? On n’en sait rien ! Par exemple, on dit qu’on retrouvera les êtres qu’on aimait. Mais si je retrouve mes parents, ils auront quel âge au paradis ? Je pense que dans l’au-delà, on sera avec Dieu. » Roger, toutefois, ne pense pas très souvent à la mort. « Une maison de retraite n’est pas un mouroir, mais un lieu de vie. Pour moi, se préparer à la mort, c’est vivre au mieux chaque instant d’existence. Carpe Diem ! ».

 

 

 

 

                                                                                        Agnès NOEL,  La CROIX, janvier 2018