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Hôpital : Malgré la surchauffe, il assure ses missions

                                   

 

Depuis des semaines, des micro-conflits se multiplient dans des hôpitaux de province. Sans jamais trouver un écho dans les médias nationaux. Hier, par exemple, ce sont des soignants de l’hôpital du Scorff à Lorient qui ont débrayé pendant une partie de la journée. « Qu’on ait 1 000 ou 10 000 personnes à soigner, c’est toujours la même enveloppe budgétaire », a expliqué une infirmière au quotidien Ouest-France. « Nous sommes devenus des distributeurs à médicaments », affirmait la semaine dernière, à Paris-Normandie, un infirmier de l’hôpital psychiatrique de Sotteville-lès-Rouen, en grève illimitée. « Le système de santé publique est en rade », estimait ce week-end une infirmière des urgences de l’hôpital Saint-André à Bordeaux, en faisant le bilan d’une grève qui a duré soixante-deux jours, entre décembre et janvier. Mis bout à bout, ces problèmes locaux font bouillir chaque jour davantage une cocotte-minute dont le gouvernement s’efforce tant bien que mal de retenir le couvercle. « L’hôpital public est en danger », ne cessent de répéter les médecins en multipliant les lettres ouvertes à la ministre de la santé Agnès Buzyn.

Le problème n’est pas nouveau. On entendait les mêmes cris d’alarme sous les présidences de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Avec toujours deux grands problèmes récurrents. Le premier concerne la politique de retour à l’équilibre budgétaire imposée à des hôpitaux qui ne cessent de dénoncer l’insuffisance des tarifs décidés par les pouvoirs publics. Mais ce qui mobilise surtout les médecins, c’est la tarification à l’activité (T2A). Un mode de financement instauré en 2007 et qui, selon de nombreux praticiens, pousse les hôpitaux à s’engager dans une course à la rentabilité. « Ce système pousse nos directeurs à nous demander de soigner des varices parce que c’est rapide et bien payé, plutôt que de faire des opérations lourdes et moins rentables », constate Jean-Paul Vernant, professeur émérite d’hématologie à la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Des craintes bien réelles de soignants au bout du rouleau. Mais difficile de savoir dans quelle mesure la qualité des soins est réellement affectée. Si l’hôpital semble au bord de la dérive, il continue tant bien que mal à assurer ses missions de service public. En continuant, au moins pour l’instant, à soigner tout le monde, sans sélectionner les malades comme peuvent le faire les cliniques. « C’est vrai mais c’est au prix d’un engagement sans faille de tous les personnels », dit le professeur Vernant. 

Pierre Bienvault

La CROIX le 4 avril 2018.