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Envers et contre tout, planter un pommier

Après les attentats qui ont touché le Burkina-Faso et la Catalogne, Sœur Véronique Margron, présidente de la Corref, nous invite à ne pas renoncer à « planter quelques graines ». Pour que la haine ne gagne pas.

 

                              

 

Barcelona ville ouverte, l’Européenne autant que la Catalane. Barcelona, magnifiée par les écrivains, les peintres, les musiciens. Barcelona, exaltée par Gaudí et sa Sagrada Familia, basilique qui célèbre la profusion de la nature, des couleurs, de la lumière, mais surtout confesse le Christ, spécialement en sa passion. Ce soir c’est aussi l’heure de la passion pour Barcelona. Pour tous ses enfants, qui sont de tous pays et de toutes langues. Pour tous ceux qui l’aiment. Nous sommes tous des Barcelonais. Car ce soir, à Barcelona, l’horreur, la peur, le désespoir, la sourde colère ont pris la place de la vie et de son insouciance apparente.

Nous sommes tous Ouagalais

À peine pleurons-nous des victimes, comme à Ouaga, que déjà une autre déchirure apparaît. Nous n’en finirons donc plus de panser nos plaies. Car nous sommes aussi des Ouagalais. Nous sommes, contrairement à ces criminels, des enfants du monde.

Et que nous reste-t-il ? Au creux de nos chagrins, alors que nos cœurs se serrent plus encore, ne pas laisser la haine gagner. Résister à ce que la folie meurtrière aveugle atteigne nos âmes. Ne pas autoriser le mal à entrer en nous, tel un venin sans antidote. Mais, jusque dans notre douleur, cultiver la bienveillance les uns envers les autres, soutenir la liberté, et nous ancrer, contre vents et marées de violence et de désolation, dans l’espérance pour ce monde qui est le nôtre et celui de notre Dieu.

Je repense à cette citation attribuée – sans doute à tort mais qu’importe – à Martin Luther, le père de la Réforme : « Si l’on m’apprenait que la fin du monde était pour demain, je voudrais quand même planter aujourd’hui mon pommier. »

Nos pommiers finiront par l’emporter

Ne pas renoncer à planter quelques graines, à agir en faveur de ce qui fait vivre. Comme planter un pommier. Bâtir des projets, tisser et retisser des liens. Respecter. Aimer. Se battre pour les droits élémentaires de tous et de chacun.

Oui, planter un pommier demande plus de courage que tous ces actes immondes et criminels de ces hommes sans foi ni loi qui ne savent que tuer et détruire.

Nos pommiers finiront par l’emporter. Malgré toutes nos larmes et nos tremblements, tenons nos cœurs en éveil, qu’ils ne s’enfoncent pas dans les ténèbres.

Et laissons monter nos pauvres supplications vers le Dieu dont la seule force est d’aimer, pour les familles, les amis, les proches, qui ce soir, ont vu leur vie voler en éclats, leurs cœurs se briser. Sans raison aucune.

« Il m’apparaît de plus en plus clairement, à chaque pulsation de mon cœur, que Dieu ne peut pas nous aider. Mais que c’est à nous de l’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui l’abrite en nous. » (Etty Hillesum, morte à Auschwitz à 29 ans en 1943).

Le 17 août 2017