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Dieu et César ou le politique et le religieux

                                  

 

 

"Rendez à César ce qui est à César et rendez à Dieu ce qui est à Dieu" est de ces phrases qui font partie du patrimoine de l'humanité. Mais comment comprendre cette fameuse maxime ? 

Comment saisir cette réponse que Jésus fait aux pharisiens et partisans d'Hérode qui essaient de le mettre en difficulté à propos de l'impôt dû à César (Marc 12,13-17 ; Matthieu 22,15-22) ? Faut-il la résumer uniquement à travers la théorie du rapport entre l'Église et l’État ? S'agit-il d'une réflexion de la part de Jésus pour savoir quel domaine de compétences doit être partagé entre l'Église et l'État ? Cette phrase nous demande-t-elle de couper notre vie en deux sphères : la sphère du temporel et la sphère divine ? Est-il possible de vivre en chrétien dans le monde de César ?

Dans le Nouveau Testament, la question du politique est pleine d'embûches et de pièges : elle mêle quasi immanquablement le politique (sur quoi Jésus va répondre) et la politique politicienne, qui est une manière d'utiliser le pouvoir dont est paré le politique. Les adversaires de Jésus se situent sur le second plan, celui de la politique politicienne, en ne l'abordant que pour "lui tendre un piège". Le piège dans lequel ses interlocuteurs s'efforcent de faire tomber Jésus consiste à présenter une alternative : ou bien Dieu, ou bien César.

Le sens de la vie politique

Jésus affirme qu'il n'y a aucune commune mesure entre César et Dieu : au premier il convient de rendre la monnaie qui lui appartient, au second la gloire et le culte qu'il est seul à pouvoir revendiquer. Le politique n'est donc ni sans consistance propre, ni sans intérêt spécifique, mais cette consistance et ces intérêts ne peuvent entrer en concurrence avec la divinité de Dieu et ne peuvent prendre de valeur qu'à condition de se démarquer radicalement de toute prétention à l'autorité suprême qui leur est déniée.

Jésus procède donc à une radicale démystification du pouvoir qu'il ramène sur terre, Dieu étant seul à régner au-dessus de toutes choses. Sont ainsi récusés et toute forme de théocratie et tout impérialisme totalitaire et idolâtré. Le pouvoir n'est qu'humain, il convient donc de le mettre à sa place et de le désacraliser. Ce que Jésus montre, c'est qu'avant de poser la question de la vie politique, il convient d'abord d'être au clair sur la question du politique, de son sens et de ses moyens. Sans cette réflexion, le jeu politique n'est que jeux de pouvoir(s), livré à la ruse, aux intrigues, aux passions et à la violence. S'en occuper sans autre préoccupation, c'est céder à une tentation, dont l'instigateur dernier n'est autre que le Malin (Matthieu 4,8-10 ; Luc 4,5-8).

Envoyés dans le monde

Mais Rendre à Dieu ce qui est à Dieu et rendre à César ce qui est à César, ne signifie pas qu’il faut instaurer une dichotomie entre Dieu et César. Il n'est pas question de couper le monde en deux. Le chrétien doit apporter sa contribution au fonctionnement des institutions sociales, économiques, politiques humaines, à tout ce qui permet le vivre-ensemble.  Il ne faut pas oublier que le peuple de Dieu est inséré dans le monde et que le concile Vatican II a renouvelé profondément la vision de l’Eglise.

Désormais, l’Eglise, ce n’est pas d’abord la fonction hiérarchique de gouvernement et ensuite la foule des fidèles, mais c’est fondamentalement l’ensemble des baptisés réunis en un Peuple de Dieu, appelés à être dans le Monde le témoignage et le signe du dessein de Dieu sur toute l’humanité. Le disciple du Christ est dans le monde comme le ferment dans la pâte, ce qui fait qu’il n’est plus possible de séparer l’Eglise du Monde. Annoncer au Monde le salut en Jésus-Christ et expliciter au sein de ce monde l’action cachée de l’Esprit de Dieu, voilà la condition par laquelle l’Eglise doit réaliser sa mission.